Quelques réflexions confiées à tous…

Dimanche 22 mars, dimanche de la Laetare, la mi-Carême qui nous permet d’entrevoir la fête de Pâques toute proche. Hélas, cette année, nous sommes plus préoccupés et angoissés que remplis de joie (laetare, 1er mot de l’introït grégorien de ce dimanche, signifie « Réjouis-toi »), et la fête de Pâques est bien compromise !

Les villes sont mortes. Pas un chat en rue. Pas de festivités du carnaval, peu de voitures. Tout est fermé, sauf les commerces « essentiels » dans lesquels tout le monde garde ses distances. Depuis le confinement qui nous est imposé, les rues sont désertes. Il y a comme un silence pesant.

Le danger est réel et il n’y a que les inconscients ou les irresponsables pour ne pas le voir. Nous étions loin de penser à une telle éventualité, il y a une quinzaine de jours quand nous suivions de loin les mesures prises dans le Nord de l’Italie.

Nous sommes atteints dans ce qui nous est le plus cher : nos relations, notre travail, nos activités, nos déplacements, nos réunions. Tout ou presque est à l’arrêt. Tous les projets tombent à l’eau. Personne n’est épargné et les conséquences économiques pour les indépendants, les commerces et les entreprises sont et seront incalculables. Les mesures de confinement touchent tout le monde et pour combien de temps ? Dans les homes, les résidents ne peuvent sortir de leur chambre : les personnes d’une même famille qui occupent une chambre voisine doivent même se téléphoner pour pouvoir se parler ! Du jamais vu ! C’est comme si le monde s’écroulait.

Dans le merveilleux livre « Terre des hommes », Antoine de Saint-Exupéry écrit : « Il n’est qu’un luxe véritable, et c’est celui des relations humaines. En travaillant pour les seuls biens matériels, nous bâtissons nous-mêmes notre prison. » Nous sommes comme emprisonnés chez nous et les seuls biens matériels ne nous comblent pas. Nous aspirons à un supplément d’âme.

La crise sans précédent que nous traversons nous oblige à une réflexion sur ce monde qui tourne à l’envers. Les bases que l’on croyait solides se sont effondrées. Le pape François dans l’encyclique Laudato si, sur la sauvegarde de la terre, notre maison commune, a tiré le signal d’alarme sur le changement climatique lié à l’exploitation illimitée des ressources naturelles et sur les conséquences d’une économie mondiale dont les premières victimes sont les populations les plus pauvres. Il parle des « gémissements de sœur terre qui se joignent au gémissement des abandonnés du monde ». Dans l’exhortation apostolique « La joie de l’évangile », il dénonce l’argent qui gouverne au lieu de servir : « l’être humain est réduit à un seul de ses besoins, la consommation. »

Quels sont nos véritables besoins ? Qu’est-ce qui nous fait vivre ? Qu’est ce qui dans notre vie est essentiel ? Comment retenir ce qui est indispensable ?

Nous vivons un temps d’épreuve. Les chrétiens vivent cette année un Carême particulièrement difficile. Soutenons-nous les uns les autres par l’amitié et la prière et par des gestes de solidarité à (ré)inventer. Retrouvons du temps pour sauver ce qui est humain et divin en nous.