« En demeurant ici ! » C’est ce qu’on répondait autrefois en Ardenne à quelqu’un qui vous demandait où vous alliez, alors que vous comptiez tout simplement rester chez vous. Etant pour la plupart d’entre nous confinés chez nous, il nous est difficile d’aller bien loin et nous pourrions certainement donner une réponse semblable !

« Tout le malheur des hommes, écrit Pascal, vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre. » « De là vient que les hommes aiment tant le bruit et le remuement. De là vient que la prison est un supplice si horrible, de là vient que le plaisir de la solitude est une chose incompréhensible. » (Pensées, 136)

Mais nous n’avons pas tous vocation de philosophe et de penseur ! Ne pas pouvoir sortir comme on le souhaiterait n’est pas facile à accepter. Nous sommes encore des privilégiés. Dans certains pays où les gens vivent à la rue, comme par exemple dans les bidonvilles d’Amérique latine, demeurer chez soi peut devenir insupportable. De plus, nous vivons dans un monde bruyant et agité, en perpétuel mouvement. Tout va vite et de plus en plus vite. Nous n’aimons guère attendre. Cette agitation rejaillit sur notre psychisme et notre esprit, tiraillé par tant de choses et surchargé d’informations parfois contradictoires, a bien de la peine à se recueillir.

Celui qui court toujours n’est bien nulle part. Il transporte avec lui son mal-être. C’est la leçon à tirer de l’histoire suivante racontée par le philosophe chinois Tchuang-tseu (vers 369-vers 286 av. J-C). Un homme avait peur de l’ombre de son corps et avait pris en horreur les traces de ses pas. Pour y échapper, il se mit à courir. Or, plus il fit de pas, plus il laissa de traces ; plus il courut vite, moins son ombre le quitta. S’imaginant qu’il allait encore trop lentement, il ne cessa de courir toujours plus vite, sans se reposer. A bout de forces, il mourut. Il ne savait pas que pour supprimer son ombre, il aurait suffi de se mettre à l’ombre et que, pour arrêter ses traces, il lui aurait suffi de se tenir tranquille. Quel comble de sottise !

La pandémie a mis un stop brutal à la course folle du monde. Tout est paralysé, même si progressivement la vie va reprendre. Mais ce temps d’arrêt peut devenir une occasion de réflexion et nous amener à plus de sagesse. Il est bon aussi de savoir s’arrêter et de se fixer quelque part. Le confinement imposé a permis à des parents de consacrer davantage de temps à leurs enfants et de jouer en famille à des jeux de société. Il n’était plus nécessaire de courir pour les conduire à toutes leurs activités du mercredi et du samedi.

Savoir rester chez soi est aussi l’occasion de rester avec soi-même, de se retrouver soi-même. S’arrêter pour reprendre souffle, s’arrêter pour oxygéner son cœur au souffle de l’Esprit, c’est en réalité prier, se mettre en présence du Seigneur qu’il est impossible de rencontrer dans le bruit : le bruit extérieur ou notre propre tumulte intérieur. Evagre le Pontique, moine du 4e siècle ayant vécu dans le désert d’Egypte, disait que celui qui vit dans l’agitation et les soucis ressemble à une bouteille d’eau trouble qu’on a secouée. « Quand la bouteille est restée quelque temps immobile, la saleté se dépose et l’eau redevient claire et limpide. Ainsi notre cœur, quand il trouve la quiétude et un profond silence, reflète Dieu. »

On disait de saint Benoît que, veillant constamment sur lui-même et demeurant toujours en présence de son Créateur, « il habitait avec lui-même. »

Si nous mettions à profit le temps libre que nous avons pour laisser la paix de Dieu nous envahir. Prier, ce n’est pas avant tout dire des prières, c’est tout simplement se mettre en présence du Seigneur.

Bon courage à chacun et à chacune d’entre vous et en communion avec Celui qui nous donne la persévérance et la paix.

Le Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité !